The Obscure Ones (2025-2026)

Les Obscurs (2025-2026)


Read: A few Words on Obscurity

Lire : Note à propos de l'obscurité


Photographs (selection), prints on Fine Art Baryta paper, 191119 x 2358 and 3112 x 3938 in

Photographies (sélection), tirages sur papier Fine Art Baryté, 50 x 60 cm et 80 x 100 cm

A few Words on Darkness

Note à propos de l'obscurité


Q: What sort of darkness is at work in this photographic work? One naturally thinks of the dark tones of the images…

A: Indeed, most of the photographs were taken deep within forests where light levels are low. During shooting, this limited light necessitates a considerably longer exposure time, the time the negative is exposed. We can therefore say that this darkness determines a slowed-down temporality, a slowness which is then reimposed upon the visitor, upon the movement of their gaze across the images: in the dark, the eye patiently attempts to distinguish shapes from one another.

Q: Does this darkness not also have a broader meaning in the title The Obscure Ones ?

A: We can start from this slowed-down temporality to grasp its meaning. This significant slackening momentarily frees us from our vigilance, from being constantly on our guard to retain or preserve the form that defines us in the eyes of others and in our own. Something shatters and pushes us out of this form, confronting us with a dissolution of the self, a transition into darkness, or indeed with our own mortality. Thus this form (to which outcasts, the obscure, have no right), once dissolved, leaves us exposed to destitution, on a par with the excluded, at the heart of a solitude that can prove terrifying.

Q: Is this fear, then, what we might feel when looking at the images in The Obscure Ones ?

A: Indeed, the moss, the trunks, their entanglement, the wildness of forests left to their own devices—everything our gaze sweeps across in these images can evoke terror at the indifference of this living matter towards our destitution, towards our own darkness. But this living matter is also what constitutes us, thickening over time into our old age, and stiffening when we die.

Q: Is there a connection with the work Governor & Rumblings ?

A: The common ground is the issue of exclusion. Whereas Governor & Rumblings emphasises the conflictual relationship between inclusion and exclusion, The Obscure Ones explores the affects experienced by the excluded in their destitution and isolation.

Q: Alongside the images of forests, The Obscure Ones also features very closely framed photographs. What is the connection between these and the darkness?

A: For the most part, they are photographs of waste. Waste is the residue of a body whose activity is spent, or else what detaches from it (a branch, a leaf, dead skin, a nail clipping…), or indeed what is expelled from it (vomit, excrement, snot…). Hence the abjection these waste products inspire in us, hence the darkness into which they are plunged, like all that is kept in exclusion.

Q: It is not always easy to determine what they are…

A: For the most part, they are pieces of waste found during wanderings in the forest. Animal excrement, droppings, the remains of corpses, plant or—more rarely—human debris, or even living creatures, Nasty Beasts as a book I was given in my childhood was titled: spiders, toads, mice, slugs, caterpillars, etc. It is the short distance from the lens to the subject, often pushed to the very limit of the minimum focusing distance, that makes them impossible to identify, or rather, that focuses the gaze directly upon the obscure materiality of this waste.

Q: This question of viewing distance seems to me to also emerge in the choice of the two image formats for this work.

A: Yes, the 191119 x 2358 in. format invites one to step closer to the image, to explore its surface and details, whereas the larger 3112 x 3938 in. format encourages us, conversely, to step back, to maintain a distance, without which we see nothing but the grain of the negative or abstract shapes. Here we find bodily movements similar to those necessitated by the shoot, which the exhibition visitor can, in turn, relive.

2026

Q : Quelle sorte d’obscurité est à l’œuvre dans ce travail photographique ? On pense bien sûr à la nuance sombre des images…

R : En effet, la plupart des photographies proviennent de l’intérieur de forêts où la luminosité est faible. A la prise de vue, cette lumière restreinte nécessite d’allonger considérablement le temps de pause, celui de l’exposition du négatif. On peut dire alors que cette obscurité détermine une temporalité ralentie, dont la lenteur se réimpose ensuite au visiteur, aux déplacements de son regard sur les images : dans l’obscurité, l’œil cherche patiemment à distinguer les formes les unes des autres.

Q : Cette obscurité n’a-t-elle pas aussi un sens élargi dans l’intitulé des Obscurs ?

R : On peut partir de cette temporalité ralentie pour en saisir le sens. Ce relâchement significatif nous libère momentanément de notre vigilance, le fait de se tenir incessamment sur ses gardes pour retenir ou conserver la forme qui nous définit au regard des autres et au nôtre. Quelque chose se brise et nous pousse hors de cette forme, nous place au-devant d’une dissolution de soi, d’un passage à l’obscurité ou encore face à notre mortalité. Ainsi cette forme (à laquelle n’ont pas droit les laissés-pour-compte, les Obscurs), une fois dissoute, nous dispose au dénuement, à l’égal des exclus, au cœur d’une solitude qui peut s’avérer effrayante.

Q : Cette frayeur est-elle alors ce que nous pouvons ressentir devant les images des Obscurs ?

R : Effectivement la mousse, les troncs, leur enchevêtrement, la sauvagerie de forêts laissées à elles-mêmes, tout ce que balaye notre regard sur ces images peuvent susciter notre effroi devant l’indifférence de cette matière vivante vis-à-vis de notre dénuement, de notre propre obscurité. Mais cette matière vivante est aussi celle qui nous constitue, qui s’épaissit au fil du temps jusqu’à notre vieillesse, et qui se fige à notre mort.

Q : Y a-t-il une relation avec le travail des Gouverneur et Gargouillis ?

R : Le point commun est la question de l’exclusion. Alors que Gouverneur et Gargouillis insista sur la relation conflictuelle entre inclusion et exclusion, Les obscurs explorent les affects qui traversent l’exclu dans le dénuement, l’isolement.

Q : Côtoyant les images de forêts, Les Obscurs présentent aussi des photographies cadrées de très près. Quel lien s’établit entre celles-ci et l’obscurité ?

R : Pour la plupart, ce sont des photographies de déchets. Le déchet est le reste d’un corps dont l’activité est épuisée, ou alors ce qui s’en détache (branche, feuille, peau morte, rognure d’ongle…), ou encore ce qui en est évacué (vomissure, excréments, morve…), d’où l’abjection que ces déchets nous inspirent, d’où l’obscurité dans laquelle ils se trouvent plongés, comme tout ce qui est maintenu dans l’exclusion.

Q : Il n’est pas toujours aisé d’en déterminer la nature…

R : Pour la plupart, ce sont des déchets trouvés lors de pérégrinations en forêt. Des excréments d’animaux, des déjections, des restes de cadavre, des débris végétaux, ou plus rarement humains, ou encore, en vie, des Vilaines bêtes comme s’intitulait un livre reçu dans mon enfance : araignées, crapauds, souris, limaces, chenilles, etc. C’est la faible distance de l’objectif au sujet, souvent en butée de la mise au point minimale, qui les rend indéterminables, ou plutôt qui place directement le regard sur la matérialité obscure de ces déchets.

Q : Cette question de la distance du regard me paraît émerger aussi dans le choix des deux formats d’image de ce travail.

R : Oui, le format 50 x 60 cm invite à se rapprocher de l’image, à en parcourir la surface, les détails, alors que le plus grand format 80 x 100 cm nous incite au contraire à reculer, à garder une distance, sans quoi nous ne voyons plus que le grain du négatif ou des formes abstraites. On retrouve là des déplacements corporels similaires à ceux que la prise de vue a nécessités et que le visiteur d’une exposition peut revivre à son tour.

2026

© 2003 , Pascal Zoss